La vie dans les tranchées

   A l'automne 1914, le conflit s'est figé sur le front occidental. Après avoir tenté chacun de déborder l'adversaire, Allemands et Français se sont finalement retranchés l'un en face de l'autre sur une ligne démesurée s'étendant des Vosges à la mer du Nord : la guerre de mouvement fait alors place à la guerre de position où les soldats s'enterrent dans des tranchées. Dans les deux camps, on prévoit de grandes offensives afin de percer le front ennemi.

A) La bataille de Verdun :

PRESENTATION :

   La bataille de Verdun est lancée par les Allemands le 21 février 1916  et dure jusqu’en décembre 1916: elle est  alors conçue pour « saigner l’armée français », c'est-à-dire l’user.

   Les Allemands ont choisi d’attaquer Verdun puisque cette ville constitue un symbole de l’identité nationale française où l’armée préférera se faire tuer que reculer. De plus, son réseau de tranchée y est peu développé et est peu accessible : seule la "voie sacrée" permet d'y aller.

Des images de l'horreur de la guerre : 

 

  • La bataille de Verdun dans le temps :

 

   Verdun est donc une bataille de longue durée et de longue haleine, qui est qualifiée notamment par l'expression "300 jours, 300 nuits". Elle est donc à l'image de la Grande Guerre, qui est une une guerre d'usure.

  • La bataille de Verdun dans l’espace :

 

   La bataille de Verdun s'est donc déroulée sur un terrain de moins de cent kilomètres carré autour de la Meuse. Au final, les deux camps n'ont pas gagné de terrain ce qui fait de cette bataille une bataille inutile. A elle seule, cette bataille pourrait symboliser toute l’absurdité de cette guerre.

BILAN HUMAIN :

  • 162 400 morts français
  • 143 000 morts allemands
  • 200 000 blessés allemands
  • 216 000 blessés français

  La bataille de Verdun ne fut pas l'affrontement le plus meurtrier de la première guerre mondiale. Cependant elle a profondément marqué les esprits en raison des conditions atroces dans lesquelles se sont affrontés Allemands et Français sur un champ de bataille de moins de cent kilomètres carrés sur lesquels sont tombés 163 000 soldats français et 143 000 soldats allemands. Verdun est le symbole de l'enlisement, de l'ensevelissement, sous un perpétuel déluge d'obus, des assauts si coûteux en vies humaines pour quelques mètres de terrain pris à l'ennemi et aussitôt perdus à l'issue d'une contre-attaque adverse.

BILAN MATERIEL :

Au cours de la bataille de Verdun, 9 villages des environs ont été détruits  : Beaumont, Bezonvaux, Cumières, Douamont, Fleury, Haumont, Louvermont, Ornes, Vaux. 

Une artillerie très importante a été utilisée des deux côtés : on estime à 22 millions le nombre d'obus mis en jeu dans cette bataille.

B) De la guerre "fleur au fusil" à la terrible prise de conscience de la mort :

LA MOBILISATION "FLEUR AU FUSIL" :

"Le départ du soldat" de Victor Prouvé, 1914

Après la mobilisation générale, malgré des réactions différentes, tous les français répondent à l'appel par patriotisme. C'est pour défendre leur patrie ainsi que leur famille que les enfants partent à la guerre.

Tous les français vont alors revêtir le vêtement du fantassin au moment de l'entrée en guerre en 1914. L'équipement de l'armée française avait peu changé depuis la guerre de 1870, voire depuis 1829 en ce qui concerne le pantalon garance, symptomatique d'une véritable éthique de l'assaut héroïque. Composé d'une tunique bleue, d'un pantalon et d'un képi bleus ou rouges, cet uniforme symbolise l'inadaptation et l'absence d'anticipation de la guerre moderne par l'état-major. Il témoigne à lui seul de la sous-estimation de la nouvelle puissance de feu. 

LA DESHUMANISATION DES SOLDATS :

"Les signaux lumineux", O.Dix

Avec un souci inouï du détail qu’accentue l’intensité du clair-obscur, le peintre s’attache ici à représenter la déshumanisation des corps et la bestialité de la mort : la guerre, c’est le retour à l’animalité : la faim, les poux, la boue, ce bruit infernal… Il insiste tout particulièrement sur les visages et sur les mains des morts qui révèlent au mieux, l’expression de la souffrance des corps devant la mort.

Le visage et la main du Cadavre dans les barbelés sont mutilés par des blessures d’acide noires, aux bords rongés, aussi grandes que le poing. La Danse des mortsmontre un amoncellement de corps et de membres de soldats tués, avec une perspective plongeante. 

Les soldats ne sont plus des hommes puisqu'ils doivent survivre dans des conditions inhumaine, celles des tranchées : peur, faim, bruit infernal, poue, maladie, boue... 

Ils subissent en quelque sorte une déshumanisation.

"Soldats assis", F.Léger

Les personnages de Soldats assis sont essentiellement composés de formes géométriques : cubes pour la tête et le tronc, tubes circulaires pour les bras, cercles pour les articulations. Ils sont ainsi dépersonnalisés, réduits à une épure reproductible à l’infini à l’instar des Éléments mécaniques dessinés sur une autre feuille. Ils traduisent exactement cette impression de faire les « mêmes gestes aux mêmes endroits », cette « mécanisation dont toute émotion est exclue » que Léger a décrite dans ses lettres. Bien plus, réduits par cette guerre à l’état de machines à tuer à l’égal des autres armes, les hommes ont tellement perdu de leur individualité et de leur humanité qu’ils se confondent avec leur environnement dans Soldats dans une maison en ruines. Le recours à un répertoire formel similaire pour représenter les ruines et les soldats produit une équivalence visuelle qui les transforme en choses inanimées, presque en accessoires matériels. 

"La guerre", M.Gromaire 

Dans La Guerre, Marcel Gromaire a représenté cinq soldats casqués, engoncés dans des manteaux-cuirasses, dans une tranchée: trois attendent l’assaut éventuel ; les deux autres, observent le no man’s land par la fente d’une plaque d’acier. Avec des moyens plastiques proches du cubisme, il symbolise la lutte armée à l’échelle industrielle accomplie par des hommes-robots. Ces derniers apparaissent comme figés, se confondant presque avec le paysage (seule la couleur bleu horizon de leur uniforme les distingue de la paroi de la tranchée) au point de ressembler à des blocs de pierre, des statues colossales aux formes arrondies (les équipements) et abruptes. Seules les mains ont gardé une apparence humaine.

D'après ces différentes oeuvres, nous pouvons dire que les soldats ont eu un véritable choc : en allant à la guerre "la fleur au fusil", c'est-à-dire inconscients de l'atrocité de la guerre, ils ont subi une véitable déshumanisation. En arrivant au front, l'horreur de la guerre et les conditions effroyables des tranchées les ont transformer : ce n'étaient plus des hommes.

C) Les mutineries de 1917 :

CAUSES :

   Après 3 ans de guerre meurtrière et indécise, dans des conditions de vie effroyables, les soldats épouvent du désespoir, de la lassitude et de la colère.

   Dans son ouvrage, Un de la territoriale, Gaston Lavy évoque le découragement qui s’empare des soldats et qui nourrit l’esprit de révolte.

 

Un de la territoriale, 1920.
Gaston Lavy. Tome 3, page 36.

  

   En avril 1917, l'offensive, lancée par par le général Nivelle au chemin des dames, se solde par un échec meurtrier. Face à l'entêtement de l'état-major à poursuivre cette offensive à outrance, les mutineries éclatente et expriment avant tout un reflexe de survie.

   Ces mutineries, avivées par les révolutions russes et la propagande de pacifiste atteint son paroxysme en juin : en effet, elles atteignent plus de la moitié des divisions françaises.

EN QUOI CONSISTE LES MUTINERIES ?

   Les mutineries de 1917 consistent en un refus collectif de plusieurs régiments de monter au front. Elles s'accompagnent de nombreuses manifestatins dans les gares et les trains de permission où de nombreux slogans sont clamés : "A bas la guerre" "Paix ou révolution".

   Chanson anonyme écrite dans les tranchées, datant de 1917, au moment des mutineries :

   Dans sa déposition, le caporal Damiron relate les mutineries qui ont éclaté à Coeuvres le 2 juin 1917.

 

 

CONSEQUENCES :

   Le rôle de Pétain :

Phillipe Pétain, le nouveau général en chef des armées, parviendra à calmer ces rébellions en adoptant une stratégie moins offensive que son prédécesseur afin de limiter les pertes en hommes. Il prit également plusieurs mesures visant à améliorer le sort des poilus, concernant entre autres les cantonnements, la nourriture, les tours de permissions...

Malgré la légende d'un Pétain très humain, celui-ci mit en place une répression rapide des présumés mutins. L'objectif est de faire des exemples : les tribunaux militaires jugent sans véritable preuve, les « agitateurs » sont en fait désignés par les officiers et certains gradés n'hésitent pas à faire pression sur les membres des tribunaux. Début juin, l'état-major parvint même à obtenir que la possibilité d'appel soit supprimée. Pétain a aussi la possibilité de bloquer les demandes de grâce auprès du président de la République Raymond Poincaré. Il utilisera à 7 reprises ce droit. C'est une justice d'exception qui est mise en place en quelques jours au sein d'un État démocratique.

   Les fusillés pour l'exemple :

La justice militaire veut faire des exemples pour dissuader les soldats de basculer dans la désobéissance et l'indiscipline.
Au cours de la guerre,de nombreux soldats français ont été fusillés « pour l'exemple » sans que leur culpabilité soit prouvée ou sans qu'ils soient plus coupables que leurs camarades. Ils ont été condamnés pour délit de « refus d'obéissance, mutilations volontaires, désertion, lâcheté ou mutinerie ».

Comme 24 autres poilus, injustement accusés d'avoir reculé devant l'ennemi, Henry Floch a été jugé; il sera alors fusillé avec cinq camarades (Durantet, Blanchard, Gay, Pettelet et Quinault) : c'est l'un des six "Martyrs de Vingré".

 

Nous remarquons donc que ces condamnations étaient absurdes : alors qu'ils tentent de "sauver leur peau", ces soldats écopent la mort.

Scène issue du film " Les sentiers de la gloire" de Stanley Kubrick : les "tués pour l'exemple"

 

   Finalement, 3427 soldats français ont reçu une sentence d'arrêt pour les mutineries de 1917, sentence qui se solde parfois par une mort, souvent injuste.

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